Le Droit des Affaires

Bientôt le paiement direct sur Internet

Des problèmes de sécurité avec les transactions en ligne? Le paiement direct sur Internet, permettant de régler immédiatement vos achats en ligne sans donner de renseignements personnels au marchand, pourrait être disponible bientôt pour solutionner le problème.

C’est le pari que fait Othentik Technologies, de Saint-Laurent, qui propose le paiement direct Internet avec l’HyperPaiement. « On pourra autoriser un débit de son compte directement au marchand, par l’intermédiaire du site de notre banque », explique Patrick Rioux, président d’Othentik.

La solution de l’hyperpaiement est simple. Vous trouvez un disque ou un livre sur Internet. Pour régler l’achat, vous choisissez votre institution financière, où on vous dirige. Une fois dans votre compte, accessible avec vos mots de passe, la facture du marchand est là, en attente de paiement. Vous autorisez le débit et votre institution confirme au marchand que la vente est complétée. Le tout a pris moins d’une minute.

« Les banques sont les plus sécuritaires pour les transactions en ligne. Si elles permettaient le paiement direct sur Internet, comme cela se fait dans les commerces avec Interac, le commerce électronique pourrait enfin vraiment décoller », soutient M. Rioux.

La sécurité des renseignements personnels est la principale contrainte aux achats en ligne, selon l’Enquête sur l’utilisation d’Internet à la maison de Statistique Canada. Les sites transactionnels fonctionnant avec la carte de crédit, exigeant la transmission de données personnelles sur Internet, n’inspirent confiance qu’à un seul consommateur sur cinq au Canada.

Signature

Othentik introduit la notion de signature sur Internet. « En allant dans leur compte, les gens s’identifient avec des mots de passe. C’est comme une signature », relate Jacques Dextras, directeur général de Fokus Group, firme d’experts-conseil en commerce électronique. En évaluant le projet, M. Dextras l’a tellement aimé qu’il fait maintenant partie du conseil d’administration. Tout comme Martin Bouchard, président-fondateur de Copernic.

Avec l’hyperpaiement, la sécurité est maximale. Comme le client effectue le paiement depuis son compte, sur le site sécurisé de la banque, aucune donnée personnelle n’est transmise à quiconque. La banque reçoit une requête du commerçant pour qu’on lui paie la somme due, et attend l’autorisation du client dûment identifié, qu’elle transmet ensuite au détaillant.

Pour le marchand, c’est encore plus sécuritaire. « Sans signature avec la carte de crédit sur Internet, la fraude est toujours un risque. Dans ce cas, le détaillant doit rembourser le montant perçu, une contrainte majeure pour lui », explique Gaston Lafleur, président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail. Avec une carte de débit, la vente est finale, relevant ainsi le marchand de la responsabilité du paiement.

Le potentiel de la solution répond ainsi à certaines contraintes des marchands sur Internet. « Une solution simple et efficace pour le paiement direct en ligne est ce que plusieurs détaillants attendent pour mousser leur site transactionnel », confie Peter Woolsford, de l’Association canadienne des marchands détaillants.

En moyenne, les gens qui achètent en ligne dépensent environ 125$ par commande, selon Statistique Canada. Les produits et services peu coûteux sont en outre les plus populaires. Le paiement direct sur Internet pourrait donc grandement profiter aux détaillants.

La chaîne de cosmétiques Dans un jardin s’est lancée dans la vente en ligne, il y a un an, et est très enthousiaste quant à l’hyperpaiement d’Othentik. « Avec ça, nous prévoyons sécuriser et fidéliser nos clients, dont environ 20% nous disent ne pas vouloir acheter en ligne à cause de la sécurité », soutient Gilles Sansregrets, président. À l’instar du libraire Renaud-Bray et une dizaine d’autres boutiques, Dans un jardin compte sur cette solution, qui en est à l’étape de projet-pilote.

Pourparlers

« Nous sommes en pourparlers avec certaines institutions financières, mais il faut cadrer dans leur échéancier de développement », poursuit Patrick Rioux. Voici deux ans que le solution a été lancée, s’améliorant au passage. « Nous offrons maintenant les avances sur carte de crédit et le transfert de fonds de personne à personne. »

Des solutions de rechange à la carte de crédit sont explorées par certaines institutions financières. Desjardins travaille présentement sur des factures à numéros variables. Les comptes de Bell, Hydro-Québec et autres sont à numéro fixe, ce qui fait qu’on peut les payer en ligne. Mais les autres détaillants proposent des numéros variables pour leur facture, ce qui rend difficile le paiement par Internet. « Avec un numéro variable, plus de marchands pourront être payés électroniquement, un premier pas vers le paiement direct sur Internet » confie Éric Lemieux, vice-président, Accès et paiement électronique chez Desjardins.

D’ici quelque temps, il suffira de fournir son numéro de carte de guichet automatique et son NIP à sa banque, et non au marchand, pour payer ses achats en direct par Internet.

 

 

Source :

Jean-François Parent
Cet article fût publié dans le Journal Le Droit d’Ottawa du 15 juin 2002